Les mordants – Recettes

Attention, je mords !

Mais seulement le tissu ! Aujourd’hui je vous parle des mordants…

C’est quoi un mordant ?

Un mordant, c’est une molécule qui va faire un « pont » ou un lien entre la fibre qu’on veut teindre et la molécule qui colore…

En teinture végétale, on en « fixe » pas la couleur après la teinture (non, toi là-bas, tu ne dois pas tremper ton écheveau teint aux plantes ou ton sac dans du vinaigre avant de le laver… ça ne sert à rien, je te le promets ! ça pourrait même abîmer la couleur !), mais on fait en sorte que la fibre devienne un « aimant » à couleur avant de teindre.

J’aime dire que pour teindre, il faut être une bonne entremetteuse mais une abominable conseillère conjugale 😉

En fonction de la fibre à teindre, la méthode va être différente.

Protéine ou Cellulose ?

Il existe plusieurs types de fibres. Celles que nous portons le plus sont les fibres synthétiques (comme l’acrylique, obtenu à partir du raffinement du pétrole. Je n’en parlerai pas car les techniques de teinture végétale que j’utilise ne fonctionnent pas sur ce type de textiles), les fibres protéiniques (en général d’origine animale comme la laine ou la soie) et les fibres cellulosiques (qui viennent des végétaux comme le coton, le lin ou le chanvre).

J’espère qu’avec mes mots compliqués en –ique, je n’ai perdu personne ! Pour expliquer simplement, les fibres se composent de molécules reliées entre elles (comme les petits bonhommes « ile de paix »). Et le type de fibre est déterminé par la molécule.

Pour les fibres protéiniques, cette molécule est un acide aminé.

Pour les fibres cellulosiques, cette molécule est un sucre.

Si vous voulez en savoir plus, je vous invite à aller visionner le podcast de la talentueuse dunkelgrun qui explique ça super bien, petits dessins à l’appui !

Et notre colorant végétal ne s’attache pas de la même manière sur un acide aminé ou sur un sucre évidemment…

En gros, sur les protéines, les colorants n’ont pas tous besoin de mordant pour se fixer, mais quand c’est le cas, un bain d’alun est suffisant.

Pour les sucres, l’alun ne se fixe pas spontanément sur la fibre. On utilise alors un tanin contenu dans une plante pour préparer la fibre à se fixer avec l’alun. Plusieurs bains seront alors nécessaires.

Pour les recettes indiquées ci-après, je vous conseille d’utiliser du matériel propre à la teinture (pas une casserole dans laquelle vous allez préparer votre soupe après !). Je trouve régulièrement des casseroles bon marché sur les brocantes ou en seconde main !

Je vous conseille aussi de porter un masque et des gants lors de la manipulation de l’alun et de la soude et lorsque vous utilisez des poudres.

Sur la laine (ou les fibres protéiniques)

La laine, la soie et toutes les fibres qui contiennent des protéines, le mordançage est assez simple ! Avec les plantes qui contiennent des tanins (dont je vous parlerai une autre fois), le mordant n’est pas indispensable, même si il renforce la couleur.

De la laine teinte à la garance

Pour les autres, un simple bain d’alun suffit. On ajoute aussi au bain de la crème de tartre qui joue un rôle de défloculant (en gros, il renforce l’action en dissociant l’ion métallique de l’alun pour qu’il vienne se fixer à la fibre) et qui protège la fibre en maintenant un PH correct dans le bain.

Voici la recette que j’utilise sur la laine :

Pour 100gr de laine :

25gr d’alun (on peut descendre à 15 ou 20 gr si l’eau n’est pas trop calcaire ou si l’on utilise de l’eau de pluie)

5gr de crème de tartre

  1. Faire tremper la laine en écheveau (que vous avez attachée à 4 points pour éviter qu’elle ne s’emmêle) dans de l’eau tiède (+/- 30°c)
  2. Dans la casserole qui servira à teindre, verser de l’eau à la même température, suffisamment pour immerger la laine complètement.
  3. Ajouter l’alun et la crème de tartre dans l’eau et mélanger jusqu’à dissolution complète.
  4. Ajouter la laine dans le bain. La tremper complètement et la ressortir 2/3 fois pour que l’alun se fixe de manière uniforme (sauf si vous voulez justement créer des nuances. Mettez alors la laine dans le bain et n’y touchez plus !).
  5. Mettez le bain à chauffer jusqu’à petite ébullition (la laine ne va pas feutrer si la montée et la descente en température sont progressives).
  6. Laisser cuire 1h.
  7. Retirer la casserole du feu et laisser refroidir complètement avant de sortir la laine. Rincez-la à l’eau tiède (il faut éviter d’avoir un surplus d’alun qui va dégorger de la laine dans le bain de teinture, car ils iront se fixer dans l’eau avec les pigments. Et nous, on veut que le pigment se fixe avec la laine !). Vous pouvez teindre immédiatement ou laisser sécher teindre plus tard (dans ce cas, étiquetez bien votre écheveau car une fois sec il est quasi impossible de différencier un écheveau mordancé d’un écheveau non mordancé).

Sur le coton (ou les fibres cellulosiques)

Sur le coton, c’est une autre histoire ! Si le cachou teint assez bien sans mordançage, ce n’est pas le cas de beaucoup de plantes !

En effet, la structure du sucre qui compose les fibres cellulosiques va moins facilement s’attacher aux pigments ou à l’alun. J’utilise en fonction du résultat souhaité 2 recettes, une à base de myrobolan et l’autre plus chimique à l’acétate d’alumine.

Recette au myrobolan :

Echeveaux de cotons teints à la garance après un mordançage au myrobolan

Pour 100gr de coton (ou autre fibre végétale)

10gr de myrobolan

25gr d’alun

2 casseroles

1 seau résistant à la chaleur

  1. Faire tremper les fibres dans de l’eau chaude (température supportable pour les mains).
  2. Dans la casserole, mettre assez d’eau pour pouvoir tremper les fibres et ajouter le myrobolan. Bien mélanger.
  3. Ajouter les fibres. Les tremper et les ressortir du bain plusieurs fois pour uniformiser.
  4. Faire chauffer jusqu’à ébullition et maintenir la température au moins 30 minutes.
  5. Sortir les fibres du bain (porter des gants résistants à la chaleur), les essorer au dessus de la casserole et les rincer à l’eau chaude. Garder le bain de myrobolan.
  6. Dans la deuxième casserole, ajouter de l’eau et dissoudre l’alun.
  7. Répéter les étapes 3, 4 et 5 avec le bain d’alun.
  8. Faire un deuxième bain de myrobolan en répétant les étapes 3, 4 et 5. Vous pouvez jeter le myrobolan ensuite
  9. Faire un deuxième bain d’alun en répétant l’étape 7. Vous pouvez jeter l’alun.
  10. Bien essorer et rincer les fibres. Vous pouvez teindre de suite ou les laisser sécher pour teindre plus tard.

Ce mordançage donne une couleur de fond jaune au fibre. Le résultat avec la garance et le cachou sont très beau et très chaleureux !

Recette à l’acétate d’aluminium :

Echeveaux de coton mordancés à l’acétate d’aluminium

Pour 3 litres de mordants (que vous pouvez conserver au frais pendant une à deux semaines)

1l de vinaigre

2l d’eau distillée

100 gr d’alun

50 gr de cristaux de soude

  1. Faire tremper les fibres dans de l’eau
  2. Dans une bassine, verser 1l de vinaigre. Y ajouter l’alun et la soude. Bien mélanger. Le mélange va mousser et faire des bulles. Laisser la réaction se faire jusqu’à ce que le liquide redevienne calme et lisse.
  3. Ajouter les 2l d’eau distillée.
  4. Essorer les fibres et les tremper dans le bain de mordant. Le ressortir et le tremper plusieurs fois afin d’uniformiser la répartition sur le tissu.
  5. Laisser tremper dans le bain une dizaine de minutes.
  6. Ressortir les fibres et bien essorer (NE PAS RINCER)
  7. Faire sécher complètement les fibres (elles ne doivent plus sentir le vinaigre. Ça prend en générale +/- 1 semaine).
  8. Vous pouvez garder le bain pour mordancer d’autres fibres (en fonction de la forme des fibres (écheveaux/en pièce/tissu), la quantité que vous pourrez mordancer varie).
  9. Avant de teindre, retirer l’excédent de mordant et stabiliser le mordançage avec un bain de son de blé.

Bain de son de blé

3l d’eau

100gr de son de blé

  1. Dans un récipient contenant de l’eau tiède (pas plus de 40°c pour ne pas abimer l’amidon contenu dans le son de blé), verser le son de blé.
  2. Le malaxer et le laisser infuser une vingtaine de minutes.
  3. Filtrer le bain dans une étamine. Presser le son de blé pour récupérer le plus d’amidon possible.
  4. Tremper la fibre mordancée dans ce bain et bien la malaxer. Laisser tremper 30 minutes.
  5. Bien rincer ! L’eau de rinçage doit être claire (en général, ça me demande entre 4 et 5 rinçages). Si il reste des molécules d’amidon dans la fibre, le bain de teinture sera abimé !
  6. Teindre immédiatement.

Ce mordant ne colore pas les fibres et donne de belles couleurs lumineuses !

Comme vous pouvez le voir, le mordançage, c’est déjà un processus en lui-même ! Mais c’est tellement important pour garantir la solidité de vos teintures !

Trouvez les ingrédients

Les adresses que je vais vous donner sont mes fournisseurs en Belgique. Je vous propose aussi ces différents produits au détail dans ma boutique

Alun potassique : ce produit se trouve dans la plupart des drogueries. Je me fournis chez Fontaine Beauvois à Charleroi.

Crème de tartre : Ce produit est un résidu de la production du vin. Il est aussi connu comme E336. J’achète le mien chez Bruyerre (un producteur de pralines belges, grossistes pour les pâtissiers).

Myrobolan : C’est une petite prune, séchée et mise en poudre. La mienne vient de chez un grossiste en Allemagne (qui ne fournit que les professionnels). Vous pouvez aussi en trouver chez Alysse création.

Cristaux de soude, vinaigre et eau distillée : vous en trouverez dans n’importe quelle grande surface !

Son de blé : C’est l’écorce du grain de blé. Votre boulanger pourra vous en fournir !

Vous n’avez plus d’excuses ! Lancez-vous !

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